Olivier de Berranger

MACROSCOPE : l'édition du 13 janvier

Tensions au Moyen Orient, quels impacts pour les marchés ?

L’escalade entre l’Iran et les Etats-Unis fait craindre l’apparition d’un conflit majeur dans une région déjà instable. Si les conflits sont fréquents dans la région – pour des raisons confessionnelles, ethniques ou stratégiques – l’assassinat ciblé d’un général iranien en Irak fait surgir les craintes d’un conflit direct entre la première puissance militaire mondiale et la République islamique.

Néanmoins la probabilité d’un conflit ouvert entre l’Iran et les Etats-Unis semble très faible tant le rapport de force est déséquilibré : après des années d’embargo et de sanctions économiques, le régime iranien n’a qu’une force armée, jugée relativement faible et dépassée face à l’Oncle Sam. Sans compter que D. Trump a fait du rapatriement de ses soldats un objectif ferme de son mandat. Un affrontement semble d’autant plus improbable que Trump serait isolé sur ce front et ne pourra vraisemblablement s’appuyer ni sur l’ONU, ni sur l’OTAN. Enfin, la révolution du pétrole de schiste a permis aux Etats-Unis d’être à la fois autosuffisants et exportateurs nets de pétrole. L’intérêt stratégique, politique et économique d’une telle opération paraît donc limité.

Si un conflit ne semble pas une hypothèse très crédible, l’imprévisibilité des belligérants ne permet pas pour autant de l’écarter complètement. Essayons donc d’imaginer quelles pourraient en être les conséquences sur les plans économique et financier.

L’impact le plus direct devrait être la hausse significative du baril de pétrole, couplée à un appétit accru pour les actifs refuges, l’or en tête. On estime qu’un cinquième des exportations mondiales de pétrole transitent par le détroit d’Ormuz. Et cela représente 41% des importations chinoises. Un blocage du détroit se traduirait par une hausse subite de l’inflation. Mais l’ampleur du choc serait certainement moins importante qu’elle ne l’aurait été par le passé. La flexibilité qu’offre l’exploitation de pétrole de schiste par rapport aux puits traditionnels permettait en effet d’atténuer un éventuel choc de production : le schiste américain possède le double avantage de pouvoir être rapidement mis en production pour un investissement réduit. Sur un autre registre, une envolée du pétrole pourrait aussi avoir une vertu écologique en étant un accélérateur de la transition énergétique, rendant plus attractives d’un point de vue économique les énergies renouvelables.

Pour les entreprises de la région en grande partie liées aux secteurs énergétique et financier, la sanction boursière pourrait être importante. Mais elles ne représentent qu’une très faible minorité parmi les grandes sociétés mondiales : hormis SAUDI ARAMCO, la société saoudienne d’exploitation pétrolière introduite en bourse il y quelques mois, aucune société cotée de la région ne figure dans le top 250 mondial en termes de chiffre d’affaires.

Enfin, les conséquences sur la confiance des entreprises et des ménages pourraient être non neutres. C’est d’ailleurs sur l’économie et la valorisation des actifs financiers que l’impact pourrait être le plus grand. Mais les banquiers centraux et les gouvernements auraient recours à leur palette d’outils de relance monétaire et budgétaire pour amortir un choc d’une telle envergure.

Si la situation paraît délicate, il faut pourtant raison garder. C’est dans cet état d’esprit que les marchés ont réagi aux derniers évènements. Le pétrole est d’ailleurs déjà revenu sur ses niveaux pré-crise.

Telex

Brexit, suite et (presque) fin. Fort d’une majorité conservatrice, Boris Johnson a fait adopter l’accord de divorce négocié avec l’UE en novembre dernier par la Chambre des communes. Ne reste plus qu’à obtenir ceux de la Chambre des Lords et de la Reine pour que le Brexit ait lieu le 31 janvier prochain – de simples formalités ! En revanche, le bref délai, 11 mois seulement, pour définir les futures relations entre l’UE et le Royaume-Uni promet encore quelques rebondissements dans ce feuilleton à succès.

PMI Services. Rassurants pour la croissance mondiale, les enquêtes PMI Services de décembre 2019 se redressent et surprennent positivement aussi bien pour la France et l’Allemagne, que pour les Etats-Unis et même l’Italie. En revanche, l’augmentation de TVA d’octobre au Japon continue de peser sur l’activité. Les services sont à la peine dans l’archipel, à la fois en zone de contraction, à 49,4, inférieures aux attentes de 50,6, et en nette baisse par rapport à novembre (50,3).

 

 

Le picking de la semaine

INTUITIVE SURGICAL, résultats annuels solides pour le leader américain de la robotique médicale

L’actu. Le spécialiste de la conception et de la fabrication de robots médicaux achève l’exercice 2019 sur un quatrième trimestre de bonne facture.

Notre analyse. Les interventions médicales ressortent en forte croissance sur l’ensemble de l’année, à +18%. Le revenu moyen par intervention est stable à 2 000 dollars et le nombre d’appareils vendus en leasing représente désormais 38% du mix. Des chiffres qui valident la trajectoire de croissance dans laquelle s’inscrit le groupe depuis plusieurs années.
Sur l’exercice 2019, pas moins de 1,2 million d’interventions médicales ont été réalisées à travers le monde ! Sur la partie appareils et accessoires, les ventes progressent de 24%, et sont ainsi le principal moteur de croissance de l’entreprise californienne. L’évolution de l’offre contractuelle vers davantage de leasing est cohérente avec la volonté du management de pénétrer le marché en réduisant le principal frein à l’accès au robot médical : le coût d’acquisition de la machine et de ses consommables. Concernant les objectifs à court terme, la société communique sur une croissance des interventions médicales comprise entre 13 et 16% en 2020, en ligne avec les attentes, voire légèrement prudente, et qui laisse la place à un éventuel relèvement d’objectifs en cours d’année.

En conclusion. INTUITIVE SURGICAL déploie la feuille de route fixée et continue de bénéficier des fondamentaux de long terme de la robotique médicale : amélioration de la qualité des soins via une plus grande précision, productivité, facilité à effectuer des opérations complexes, interventions à distance…

Auteurs : Olivier de Berranger, CIO ; Clément Inbona, Fund Manager

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